Alors je regarde en diagonale.
Ainsi, j'ai l'impression de voir apparaitre d'autres paysages, de ces étendus égarés à l'intérieur de moi, de mon moi perdu et déchiré, éparpillé sur toutes ces têtes de tous ces gens qui m'entourent d'un peu trop près. Mon moi vidé, liquide et visqueux. En diagonal, il m'arrive de voir apparaître ce bleu horizontal, cet infini droit et plat qui chantait rien que pour moi. Il me parvient en écho ces bruits de sel, ces cris d'oiseaux et ces chuintements de nuages. Il me faut maintenant me feinter. Je ne peux plus décider de fermer mes yeux bleus et de me transporter à nouveau sur cet étendu qui respire l'été, je ne peux plus, parce qu'il ne m'appartient presque plus. Je ne peux plus parce que maintenant, lorsque je m'y attarde trop longtemps, je n'y suis plus seule et j'ai peur. J'ai peur parce que ce dedans de moi a été foulé. Alors mon moi est déchiré. Il est flasque et parti dans ce qui me restait de mon vent. Ainsi, j'épie ces vestiges de moi du coin de l'½il en essayant de ne pas les laisser partir. J'essaie d'en attraper les coins comme on en attrape le pan d'une couverture, comme on fait tomber le rideau d'une fenêtre fermée sur une rue, ou comme on tire sur le voile qui recouvre une peinture. Mais j'ai peur des cerfs-volants, maintenant. Alors il me faudra du temps. Le temps de me rapailler, de me recoller et de me solidifier.
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